Ainsi fon, fon, fonderie.

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fonderie3.jpgVous, je ne sais pas, mais moi la première fois que j’ai entendu parler de la fonderie, c’était dans le Cailloutain d’octobre 2000 avec la présentation du nouveau POS (celui qui sera annulé en 2001). D’ailleurs on ne parlait pas encore de zone de la fonderie, encore moins d’Actipôle, juste d’une zone d’activité. Près de 9 ans plus tard (ça c’est une gestation) le projet n’a jamais été aussi près de voir le jour. Bien sûr nous serons tous le 8 juillet à la salle des fêtes pour en savoir plus, et le moment est donc on ne peut mieux  choisi pour faire le point sur cette saga pleine de rebondissements, et sur nos interrogations. 

 

2001-2005 : l’euphorie

Bien avant la salle des fêtes, dont le dossier ne sortira du bois que quand celui de la fonderie sera enterré (provisoirement, donc) c’est le projet phrase de la commune. Annoncé pour 2005 [1], il est drapé de toutes les qualités, notamment on lui prête une démarche « très haute qualité environnementale » dont on nous explique dans un premier temps qu’elle consiste à récupérer les eaux usées et les déchets [1] (ce qui est quand même la moindre des choses !) puis que « cela signifie que les bâtiments devront s’intégrer dans le paysage, utiliser des procédés techniques favorisant les énergies renouvelables » [2]. On y reviendra.
Au printemps 2005, c’est carrément l’euphorie. Le grand Lyon lance une concertation [3], organise une réunion publique et dans la foulée, on nous confirme la suite des événements : « dans un premier temps un aménageur public sera sélectionné et nous soumettra des hypothèses de développement du site. Puis, sur le projet choisi, un aménageur privé réalisera les travaux et traitera avec les propriétaires »[4].

Octobre 2005 : premiers nuages

Pour la première fois, on parle d’argent, et tout de suite, ça se gâte… d’emblée le décor est planté : « rares sont les ZAC qui équilibrent leur budget »[5]. Le grand Lyon accepte un déficit de 1,3 millions d’Euros c’est à dire que « l’équation entre la dépense consécutive à la création des infrastructures publiques, comme les voiries, et les recettes générées par la vente de terrain ne doit pas déboucher sur un solde négatif supérieur à 1,3 M€ » [5]. On sent dans le discours une crainte, aussi bien coté Grand Lyon que mairie de Cailloux…

Janvier 2006 : coup de tonnerre

C’est bien simple : le Cailloutain titre « La consternation ».[6] Le déficit estimé est trois fois plus important que les 1,2 M€ fixés comme limite (comment on est passé de 1,2 à 1,3, mystère ; que celui qui a piqué les 0,1 se dénonce !) et donc « valider cette proposition est impensable »[6]. Lors de ses vœux, M. le maire revendiquera même la paternité de la décision, prise pour le bien de la Commune en général et de ses finances en particulier. Dans le même temps, le chantier de la salle des fêtes était lancé, pour un budget comparable à celui du déficit refusé…

2007: le retour du refoulé

Deux entrefilets en 2007 dans le Cailloutain : les investisseurs privés s’intéressent au projet. Bien sûr, nos élus seront vigilants sur la qualité environnementale et esthétique du projet. Et à ne pas augmenter les impôts. Puis silence radio absolu… jusqu’aux vœux du maire de 2009...

2009 : l’actipôle

Le 10 janvier, M. le maire présentait ses vœux sans évoquer à aucun moment le dossier. Le Cailloutain n’en parlait pas non plus, mais le livret des assoces distribué les jours suivants annonçait les bruits de pioche de la fonderie comme imminents. On se demande encore comment l'information est arrivée là… La question était posée sur le (défunt) forum [7]et on eut juste droit à une réponse sèche du premier adjoint : « le projet conserve le principe présenté lors d'une réunion publique. Avec activités artisanales et habitations. » l’ouverture du nouveau site le la mairie permettant de clôturer le débat.
Il faudra attendre le 11 juin pour que la mairie publie quelques images et un plan : bien obligés, le lendemain même des panneaux publicitaires 4x3 annonçaient la commercialisation, et le 15 le permis de construire était déposé.

De quoi s’agit-il ? Quatre bâtiments à vocation artisanale pour une surface de 4500 m², et 4 bâtiments à vocation plus tertiaire pour une surface équivalente, le tout sur une surface de 2 hectares. [8] Cela correspond à une petite moitié de la partie « zone  artisanale » (bloquée pour l’instant contre  la maison d’habitation plantée au milieu du projet ont les propriétaire seraient peu enclins à la vendre) prévue au projet global et on ne parle plus de la zone habitations. [9][10]. Le document de commercialisation parle uniquement des 4 bâtiments à vocation artisanale, et d’une réalisation « par tranche » [8]. On est en droit de se demander quel est l’engagement réellement pris par l’aménageur... Parce que là on voit bien la première tranche : les 4 bâtiments artisanaux, sans doute plus facile à construire et à commercialiser, après... on verra ?  Pendant ce temps nous arons payé les raccordements,

Oui par ce que c’était dans LeProgrès : seuls (!) les raccordements sont à la charge de « la communauté ». Bon déjà le Grand Lyon s’est fendu de 299 000 € pour l’eau [11] (on se croirait chez Auchan, à tous les coups il se passe un truc à 300, le carrosse redevient citrouille ou les conseillers sont changés en statue de sel). Rajoutez le gaz, l’électricité (encore que le transfo est tout près), les télécoms, le tout à l’égout, l’aménagement de la voirie, et pariez qu’on va retrouver notre 1,3M€. Bien sûr c’est le Grand Lyon – enfin pour les 299 000 premiers euros identifiés, mais pas de bol, c’est nos impôts aussi...

Donc haute qualité environnementale… On voit bien sur le plan de la mairie un bassin de décantation/rétention. Pas de quoi crier au miracle, c’est obligatoire. Après on nous parle de bâtiments à structure métallique (c’est la spécialité de l’investisseur [11]), isolés suivant la norme  RT 2005. Là non plus pas de quoi pavoiser, c’est la norme en vigueur. Et le tout chauffé par convecteur électrique – c’est surtout plus pratique pour la RT2005, comme c’est du nucléaire, pas d’effet de serre, on autorise une consommation supérieure..
Donc architecture passe-partout, « qualité environnementale » au minimum réglementaire (voir infra-réglementaire quand les propriétaires installeront des clims après un ou deux étés passés dans un sauna en tôles). Pourtant pour la salle des fêtes on nous avait bien dit que c’était une réoccupation majeure de nos élus. Du grand Lyon sans doute, ceci expliquant cela, mais des élus de Cailloux, je suis plus perplexe. Encore une petite pour la route ? Relisez bien le document [10] : la révision du PLU c’est l’abandon de l’impératif de création d’une bordure végétalisée, prescription qui a été invalidée par le tribunal administratif. En remplacement, on aura des places de parking…

Il est bien clair dans tout ça qu’il s’est passé des choses entre le projet de 2005 et celui de 2009. On ne nous fera pas croire que c’est le passage du public au privé qui a permis d’effacer le « déficit » du projet.. Ne nous faisons pas d’illusions : les coûts des raccordements à la charge des contribuables (non c’est pas un gros mot) restera comme je l’ai dit conséquent. Les économies qu’on nous annoncera sont probablement à chercher dans le moindre périmètre du projet, les ambitions environnementales revues à la baisse et probablement des équipements « oubliés » ou remis à plus tard.

Au fait, comment a été évalué l’impact sur la circulation ? Deux cent dix places de stationnement, a fortiori des locaux à caractère commercial ça va faire quelques voitures. Sans parler des livraisons : on voit bien sur le plan de la mairie les zones de manœuvre pour les poids lourds, poids lourds qui, rappelons-le, n’ont pas le droit de traverser la commune…

Donc beaucoup de questions qui j’en suis sûr trouveront réponse le 8… quoi, quand, comment, combien, quand est-ce qu’on mange, et la haute qualité environnementale. Ce projet est un vrai enjeu pour la commune : développer de l’activité pour ne pas devenir une ville dortoir, concourir à un développement harmonieux, tout ça a été dit à plusieurs reprises et plutôt bien par M. le maire. Espérons que ce que nous percevons comme l’histoire chaotique du projet et sa résurrection miraculeuse ne sont que le fruit d’une communication très perfectible, d’abord euphorique puis inexistante – il est sans doute pire de ne pas communiquer que de mal communiquer.

Espérons enfin que ce projet n’est pas un projet au rabais …


[1] Le Cailloutain octobre 2003 page 2
[2] Le Cailloutain avril 2004 page 4
[3] Délibération du Conseil de communaute n° 2005-2588
[4] Le Cailloutain juillet 2005 page 4
[5] Le Cailloutain octobre 2005 page 4
[6] Le Cailloutain janvier 2006 page 4
[7] Le bon vieux forum (l’abonnement ça s’arrêter d’un jour à l’autre mais demandez-moi j’ai toutes les copies…)
[8] Plaquette Élite Immobilier
[9] Présentation du PLU page 13 (la page 12 est bien aussi et j’aime beaucoup les flêches qui envoient la circulation chemin du moulin du pont)
[10] Support de l'enquète publique sur la révisiondu PLU notamment pages 10-11 et 14-15.
[11] Site du groupe Vigier. Jetez un oeil aux réalisations. Respect de l’environnement, qu’ils disent…