Les voeux du con-tribuable

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Moi, je suis fier et heureux de payer des impôts. Bon c’est sûr, quand je fais le chèque j’ai un petit pincement au cœur (le portefeuille est coté gauche aussi, mais c’est une image, maintenant c’est prélevé, ça fait moins mal).

Entendons nous bien : je ne suis pas spécialement heureux à l’idée de payer des impôts mais à l’idée que ces impôts vont servir à financer des tas de trucs utiles comme les routes, les hôpitaux, et les services publics en général, et je suis fier de contribuer à ça.

Et puis il y a aussi les impôts locaux qui permettent d’être efficace localement, et je suis fier et heureux de contribuer au financement de l’école primaire, aux travaux de la mare, au remboursement des emprunts de la salle des fêtes (bon  là, OK, des fois je me force un peu…)

Et puis il y a des fois ou j’ai l’impression que dans « con-tribuable », il y en a qui retiennent surtout le début du mot…

J’ai une une collègue qui habite Caluire. Elle me disait dernièrement qu’elle était drôlement contente de son nouveau maire. Il a entrepris une grande chasse au gaspi, mettant un terme à certaines mauvaises habitudes et dépenses somptuaires mises en place par ses prédécesseurs, et se préoccupant personnellement de l’efficacité des services communaux.

Vous le connaissez bien ce maire de Caluire : c’est notre député Philippe Cochet. Celui-là même qui est venu présenter ses vœux de député sur la commune (et non pas à la commune) mercredi dernier. Comment ça ? Vous n’y étiez pas ? Rassurez-vous, moi non plus. Aucune Cailloutaine, aucun Cailloutain que j’ai croisé depuis non plus. Aucune Cailloutaine, aucun Cailloutain que j’ai croisé depuis n’a rencontré une Cailloutaine, ou un Cailloutain qui y soit allé.

Rassurez-vous, vous n’avez manqué à personne. Si on avait voulu qui vous y soyez, on vous aurait invité, comme les VIP présents, fin décembre 2009. Ou à la limite samedi lors des vœux de notre maire. Je devais dormir quand il a lancé l’invitation : « Notre député Philippe Cochet nous fera l’honneur d’être parmi nous mercredi pour nous présenter ses vœux, et vous êtes tous conviés à venir l’écouter et à boire le verre de l’amitié». Ben non, il n’y avait déjà plus de place.

Les maires et les élus de la circonscription, les représentants des associations (les vraies, hein, pas celles de la commune), les représentants des institutions diverses avaient massivement répondu présent (il sont comme vous, hein, quand il peuvent boire un coup gratis) et plus de place pour les Cailloutains. Un petit message sur le panneau lumineux la veille, un autre du même métal sur le site de la mairie, on est couvert, c’est quand même chouette la technologie.

Résumons donc. Monsieur le maire de Cailloux a invité ses potes les notables du coin à la Vallonière mercredi dernier. D’ailleurs, pour vous dire à quel point le Cailloutain de base était le bienvenu, les assoces ont été gentiment invitées à ne pas utiliser leur salle (vous savez, ces petites salles si pratiques, et ces associations si contentes de la nouvelle salle des fêtes) afin que tout ce beau monde puisse se congratuler entre soi, sans risquer de croiser un gueux dans un couloir. Faut dire que monsieur le maire, il tenait à ce que sa petite sauterie elle soit réussie. Déjà il a fait déneiger le parking par une entreprise extérieure (voir l’article de Joëlle Gaydier ). Après, les employés municipaux ont été sollicités toute la journée pour préparer la salle, faire les courses, dresser le buffet…

Imaginons qu’une entreprise X veuille présenter ses vœux à ses clients, et veuille le faire à la Vallonnière (j’ai dit imaginons, hein). Elle commence par payer 1.200 euros, elle paye un traiteur ou assimilé pour préparer la salle et fournir les amuse-gueule et se débrouille avec la neige le cas échéant. Normal. Coût pour la commune : 0 (enfin le nettoyage de la salle, d’ailleurs il faudra qu’on en reparle un jour), et même un produit de 1.200 euros.

Mais pas de bol, on ne parle pas de l’entreprise X, mais du député de la circonscription, alors nous sommes honorés qu’il ait choisi notre commune et du coup monsieur le maire de Cailloux-sur-Fontaines l’accueille, et monsieur les député de la 5ème circonscription invite ses potes au verre de l’amitié, et tout ça avec mes impôts. Ne rigolez pas, au fond, c’était les vôtres aussi. Là du coup, moi en tout cas, je suis moins fier et moins heureux.

Qu’à la limite ces braves gens se rassemblent pour mieux se connaître et échanger de façon informelle, et ainsi faciliter leurs relations futures et bla et bla, ça peut s’admettre. Mais que ce soit les habitants de Cailloux-sur-Fontaines qui payent, ça relève d’une logique que j’ai un peu de mal à appréhender. J’imagine qu’il doit bien y avoir des budgets quelque part pour ça vers le département ou dans les indemnités versées au député (notez bien qu’on paye toujours, nous pauvres con-tribuables mais c’est plus équitable puisque l’on atteint alors la surface de la circonscription ou du département).

On va m’objecter que ce brave Philippe Cochet a contribué au financement de la salle des fêtes et qu’on lui doit bien ça. Euh c’était une subvention, non ? Sinon ça s’appelle un emprunt. Ou du clientélisme mais là je vous trouve particulièrement mauvaises langues !

On va m’objecter aussi que ça contribue au rayonnement de la commune et que tous ces VIP qui on été accueillis comme des princes vont garder une bonne image de la commune, de sa salle des fêtes et de ses habitants qui les ont si bien accueillis. Vous arrivez à le dire sans rigoler, vous ? Ils vont peut-être garder une bonne image e M. Cochet qui a fourni l’occasion et de M. Rousseau qui a rempli les verres, mais les pauvres con-tribuables qui ont payé ils ne les ont même pas croisés…

Ah, finalement, il y a des jours et je suis un peu moins heureux de payer des impôts.

Et puis je me dis que si ça se trouve je me goure complètement : la location de la salle, le personnel mobilisé, le déneigement, le buffet, tout a été pris en charge par le député : « Mais si, Michel, j’insiste, normal, ce sont les vœux du député, quand même ! ». Et je serai à nouveau fier et heureux de payer des impôts, même si c’est des fois pour que les élus boivent des coups avec… S'il vous plait, M. Rousseau, M. Cochet, dites moi que je me gourre !

Des fois je me dis que quand même, ils ont de la chance, à Caluire, avec leur maire qui a mis fin aux dépenses somptuaires…